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Alexis Kraland

Manif' à Calais : le droit d'asile saccagé

19 min read

Embarcation dans un ferry et appel à la criminalisation du président du port

Près d'une centaine de migrants, selon les photographies, et plusieurs dizaines, selon la police, se sont introduits dans le port de Calais. Quelques dizaines d'entre eux ont réussi à monter à bord d'un ferry vide, le Spirit of Britain, en marge d'une manifestation composée de migrants et de personnes solidaires.

 La préfecture du Pas-de-Calais évoque 1200 personnes présentes dans le cortège tandis qu'ils auraient été plus de 2000 selon les manifestants. Dans le cadre unitaire de Migrants Bienvenue, le collectif Calais23janvier a relayé l'appel. Il regroupe notamment Europe-Écologie Les Verts, le Nouveau Parti Anticapitaliste et la Ligue des Droits de l'homme. Des drapeaux de la Confédération Nationale du Travail ou d'Alternative Libertaire étaient également visibles lors de la manifestation.

 Une manifestation sans heurts, mis à part un calaisien qui a sorti un fusil

Au départ de la Jungle aux alentours de 14h,  la manifestation s'est déroulée sans heurts mis à part la présence d’un calaisien armé devant le passage du cortège. Pour Pierre Gautheron, journaliste freelance, c’était un fusil de chasse. Gaspard Glanz de Taranis News, une agence de presse, confirme que le fusil avait l'air réel par une capture d'écran de ses prises d'images. La préfecture affirme qu’il s’agirait en fait d'un fusil de type airsoft, à air comprimé, et tirant des balles en plastique.

 

La police prétend avoir immédiatement interpellé l'homme avant de l'avoir conduit au commissariat. "Faux, le gars est sorti et les flics l'ont protégé" raconte Guillaume, un étudiant qui a assisté à la scène tandis que Pierre évoque quant à lui l’intervention d’Almany Kanouté, militant associatif, qui a rétabli le calme en appelant les autres manifestants à calmer le jeu. 

A la question "est-ce un calaisien en colère ?", le fonctionnaire chargé de communication répond qu'il ne sait pas s'il s'agit d'un individu militant au sein des Calaisien En Colère, un groupe anti-migrant et qu’il ne peut affirmer si oui ou non l'individu est membre d'un groupe d'extrême-droite. Les deux calaisiens qui ont pris part aux échauffourées ont pourtant été repérés lors de la dernière manifestation  à Calais de Pegida, une organisation islamophobe allemande.

En parallèle, la page Sauvons Calais affirme que l’homme est l'un de leur proche et qu'il a été placé en garde-à-vue. L’homme aurait été "excédé par cette manifestation et la présence de migrants". Au bout du fil, le fonctionnaire précise alors qu'il "ne fait pas de politique", et ce à de multiple reprises au cours de notre entretien. France 2 a consacré un reportage à cet homme et sa famille les présentant comme des victimes et en oubliant de signaler leurs idées néonazies. D'autre part, une page facebook rassemble des dizaines de milliers de like pour les soutenir.

Sur le terrain, les forces de l’ordre n’hésitent plus à donner des ordres à des miliciens, des "Calaisiens en Colère", nouvelle façade “apolitique” pour des militants dont certains sont des néonazis qui jettent des pierres et des pétards sur les réfugiés. Le 21 janvier, trois syriens ont également été victimes d’une ratonnade en plein Calais.


Le passage en ville a eu lieu sous les yeux de toute la population, les yeux rivés sur la manifestation déambulant dans les rues, chose inhabituelle à Calais. Depuis plusieurs mois, chaque tentative de manifestation est refoulée aux abords de la Jungle par les CRS. Certains calaisiens souriaient et applaudissaient devant la manifesatation, postés à leurs fenêtres, d’autres insultaient, beaucoup filmaient.

Comment les réfugiés ont brisé les barrières et les barbelés

 

Arrivé à la place d’Armes, vers 16h30, le syndicat Solidaires avait prévu un buffet et de la musique. L’ambiance est retombée pendant un moment, et les réfugiés ont dansé après avoir notamment lancé des slogans tels que "We are not going back", ou encore "UK" signe de leur détermination à ne pas reculer face à la frontière.


Plus tard, vers 17h, près de 500 migrants se sont approchés des lignes de police qui les séparaient du port. Ils ont traversé le dispositif policier qui n'a pas fait usage de la force, complètement dépassé et ayant vraisemblablement reçu l’ordre de ne pas provoquer une émeute en plein milieu de la ville.

Une centaine d’entre eux a passé les premières barrières, puis la dernière, la plus symbolique, un grillage qui fait 4 mètres de haut, et qui est surmontée de barbelés.

Embarcation à bord du ferry sous les lances à eau des marins, sortie sous le gaz lacrymo des CRS

Une partie des occupants est rapidement sortie du navire sans encombre, sur les ordres des policiers mais plus d’une vingtaine de migrants érigent des barricades avant que la police ne les déloge avec l'aide de dénonciations des marins. "Il a fallu les évincer et les reconduire sur le campement, on parle ici d'une opération de maintien l'ordre sans arrestations" rapporte la préfecture. Selon les propos d'un officier de la Police Aux Frontières rapporté par Julien Pitinome, photographe du collectif OEIL, c'est la première intrusion de ce type à Calais.



"Ils ont évacués une partie des réfugiés et la police a chargé. Ils se sont barrés dans le port en groupe. Pour les rassembler sur une partie du port, la police a gazé les réfugiés. Ils se sont retrouvés dans un cul de sac, où aucune solution n'était possible. La police a encerclé et demandé aux réfugiés de rester calme et ensemble. Les policiers ont dit qu'ils ne voulaient pas utiliser la violence et qu'ils seraient évacués dans le calme s'ils ne bougeait pas" m'a dit Julien.

Des policiers très lourdement armés, des dénonciations, et des arrestations

Une journaliste du Monde évoque néanmoins un “armement lourd” sur la base d'un coup de fil passé à un migrant, cet armement aurait été utilisé pour menacer et évacuer les plus récalcitrants jusqu’à 20h. Dans la soirée, la préfecture du Pas-de-Calais a indiqué à BFMTV que 110 migrants ont été évacués de la zone portuaire, et que 24 ont été interpellés. Onze personnes qui seraient membres du "collectif No Borders" ont également été arrêtés. Tous ont été entendu dans les locaux de la police aux frontières de Coquelles. Le port, zone de sûreté, est interdit d'accès à ceux qui "n'ont pas vocation à y être" selon la préfecture.

Le lendemain, les chiffres évoluent et les militants dressent leur bilan. "Entre les chiffres de la préfecture, ceux du ministère et les annonces des médias, on a du mal à comprendre" affirme l'un d'eux lors d'un point info à La Chapelle, dimanche soir. 15 personnes aurait passé la nuit en garde à vue, 4 français ont été libérés le dimanche soir et 3 italiennes étaient en Centre de Rétention Administrative avec une Obligation de Quitter le Territoire Français. 6 migrants et 2 soutiens risquent une amende de 3750 euros et 6 mois de prison pour "infraction au code des transports" a annoncé le procureur de Boulogne-sur-Mer, Jean-Pierre Valensi.
Lundi, on apprend que les six migrants, quatre Afghans, un Syrien et un Soudanais, comparaissaient pour « introduction frauduleuse à bord d’un navire en voie de faire un voyage au long cours ». Les deux militants français, eux, devaient répondre d’avoir « facilité l’embarquement de passagers clandestins ». Comme la loi le permet, tous ont demandé un délai pour pouvoir préparer leur défense, requête qui a été acceptée par le président du tribunal.

 

Les forces de l'ordre ont ensuite procédé à des contrôles sur les véhicules présents afin de s'assurer qu'il n'y ait pas de migrants restés sur place, cachés afin de traverser la Manche pour rejoindre l'eldorado que représente la Grande-Bretagne. La nuit précédente, il y a eu 11 interpellations et 7 placements en garde à vue suite à des intrusions dans la rocade portuaire.

Un de Gaulle endommagé, un combat de mémoire et une rumeur de décès démentie

La préfecture déplore des tags sur 3 bâtiments mais les journalistes et manifestants ne comptent qu’un mur taggé et une statue. Une sculpture à l’éfigie du général De Gaulle s’est vue targuée d'un "nik la france" en rouge sur son buste. Sur les réseaux sociaux, Migrants Solidarity, une organisation d'aide aux réfugiés, rappelle le rôle du “colonisateur réactionnaire” dans la guerre d'Algérie et son passé de réfugié en Grande-Bretagne durant la Seconde Guerre mondiale. La collectif Calais, Ouverture et Humanité a déploré le geste, qui ne "représente pas un acte révolutionnaire courageux", tandis que des militants antifascistes, sur les réseaux sociaux rappellent les propos de l'homme politique, adressés au député Dronne, partisan de l'Algérie française "voulez-vous être bougnoulisés ? Voyons, Dronne ! Donneriez-vous votre fille à marier à un bougnoule ?" avant de l'accuser d'avoir réprimé dans le sang la manifestation du 17 octobre 1961 ou encore la révolte de mai 68.

 

Questionnée sur la rumeur d'un décès suite à un coup porté par un policier, la préfecture affirme qu'"il n'y a rien à cacher" et "pas de commentaire" sur la personne blessée, des rumeurs évoquaient durant la soirée le décès d'un manifestant tandis que des policiers sur place ont parlé d'un malaise cardiaque. Des militants affirment qu'il n'y a pas eu décès mais infarctus d'un manifestant après une pêche aux informations à l'hôpital le plus proche.

Sur les douilles retrouvées et les appels à la haine

 

Concernant les douilles retrouvées récemment autour de la Jungle par le journaliste Gaspard Glanz, la préfecture n'a pas de précisions et affirme que les munitions utilisées contiennent en général du gaz lacrymogènes. Il ne mentionnera pas les munitions de flashball et autre LBD-40, une arme subléthale lorsque le tir est réglementaire, ce qui n'est pas toujours le cas.

 

"Tout remonte, le parquet décide de la suite qu'il entend donner" affirme la préfecture qui se targue de patrouilles organisées régulièrement sur le campement de la Lande, avec notamment un objectif de prises de renseignement auprès des riverains comme des migrants ou des associations. Pourtant, aucune information n’a filtré concernant d’éventuels coups de filets au sein des milieux d’extrême-droite présents à Calais.

 

Aux Pays-Bas, plusieurs citoyens ayant récemment appelé à la haine contre les migrants sur les réseaux sociaux ont reçu des visites de la police afin qu'ils modèrent leurs propos. Sur les pages Facebook de Sauvons Calais ou Les Calaisiens en Colère, des messages appellent régulièrement à éliminer les migrants et leurs squats aux moyens du feu et de cocktails molotov ou encore à les transformer en engrais.

Appels à la criminalisation des No Borders


"La législation pour les intrusions sur le port sont ridicules et négatives" a dénoncé le président du port de Calais, sur France Inter, à la suite de Xavier Bertrand, président Les Républicains du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais.

Dans Le Figaro, la figure du No Border fait l'objet d'un article de dénigrement qui s'articule autour d'une idée raciste : les migrants seraient incapables d'agir sans être manipulés. Sachant que les attaques lors des tentatives pour passer en Angleterre sont parfois l'oeuvre de kurdes, de syriens ou encore d'afghans ayant connu la guerre, la capacité de "jeunes gens de bonne famille" à les diriger, selon la formule du Figaro, est en décalage avec la réalité.

Autre cliché : celui des mauvaises relations entre associations et militants sans étiquettes. Les associations ne détestent pas nécessairement les "No Borders". Preuve en est la présence d'Amnesty International et de Médecins du Monde aux côtés du camp No Border de Vintimille durant l'été 2015. Ces militants agissent en dehors du cadre régit par la relation avec l'Etat qu'entretiennent les associations subventionnées. Leurs actions sont parfois complémentaire les unes des autres, même s'ils arrivent qu'il y ait des conflits ouverts concernant l'illégalité ou non de certaines actions.

Pour autant, des différences apparaissent sur des problèmes où les solutions ne tombent pas nécessairement dans l'illégalité, mais où les associatifs peuvent présenter des défaillances ou des absences. Il s'agit par exemple de fournir de l'aide juridique concernant une recherche d'asile à l'échelle européenne, des remèdes contre le gaz lacrymogène ou encore des informations sur les transports publics. Leur action visant à visibiliser les violences policières a également abouti à une saisine du Défenseurs des droits qui a rendu des conclusions accablantes pour les forces de l'ordre et la mairie en 2012. L'Auberge des migrants, association calaisienne peu appréciée de ces militants, les a défendu aux côtés de nombreuses autres organisations dont Emmaüs, face au discours les accusant du regain de tension à Calais.

Le Figaro conclut sur les paroles du porte-parole du Ministère de l'Intérieur, Pierre Henry Brandet, qui a affirmé qu'un "certain nombre de personnes instrumentalisent cette misère à d'autres fins qu'à des fins humanitaires". Il a involontairement évoqué l'instrumentalisation des migrants à des fins politiques, électoralistes et xénophobes, par un spectre politique qui part du gouvernement pour rejoindre l'extrême-droite.

La situation des migrants à Calais

Depuis fin octobre octobre, près d'un millier de migrants ont pu rejoindre des centres accueil et d'orientation, desquels ils reviennent souvent déçus avant de retenter leur chance dans un autre centre, tandis que les forces de l'ordre ont procédé à l'arrestation de près de 2000 migrants ensuite envoyés en CRA sur la même période. Passé 5 jours pour déterminer leur situation administrative, la plupart peuvent revenir sur les campements s'ils ne reçoivent pas une OQTF avant d'être expulsé vers leur pays d'origine ou vers le pays dans lequel ils ont été enregistré dans le fichier européen Eurodac.

Un nouveau camp, dénoncé par un architecte comme étant pire que ceux des années 30, a également été ouvert le 11 janvier, pouvant accueillir jusqu'à 1500 personnes, en priorité des personnes vulnérables. Il a également été dénoncé par les migrants qui le considèrent comme une prison. Deux tractopelles furent dernièrement brûlé en signe de contestation mais de nombreuses personnes vulnérables ont néanmoins rejoint les containers blancs entourés d'un enclos et ne disposant pas d'accès à l'eau, de cuisine ou de lieu collectif.  

 

D'autres migrants ont également rejoint les lieux, au moins pour la nuit. Cette place leur a été accordée après qu'ils aient fait place nette suite à la création d'un no-man's land dans la jungle. Sur ordre des autorités publiques, une bande de 100 mètres, vierge de tout bidonville a été créée. Elle est destinée à contrecarrer les intrusions sur la route adjacente menant vers l'Angleterre. Cette mesure a concerné 1000 personnes, des militants dénoncent l'illégalité de l'avis préfectoral, sans jugement d'expulsion.

Thomas, un étudiant en sociologie, affirme que le camp reste ouvert jour et nuit car il n'est pas encore rempli, mais prévient "qu'une fois qu'il sera rempli, les conditions d'accueil risquent de se dégrader". En plus de la vidéosurveillance, l'accès au camp fait également polémique car il repose sur une prise d'empreinte de la main des habitants, mais le dispositif aurait été vérifié par la CNIL assure la préfecture.

Dernièrement, la société Eurotunnel, qui avait raser 103 hectares de végétation, a créé des douves en inondant les zones vers le centre commercial Cité Europe, après avoir installé 29 km de barrières de haute sécurité, avec des barbelés, ainsi que des contrôles infrarouges ou par ondes, et des scanners. 

Au moins 24 migrants sont morts à Calais en 2015 en tentant de franchir la frontière, mais le passage vers la Grande-Bretagne continue et représente une source d'espoir pour les réfugiés de la Jungle.

Alexis Kraland

Etat d'urgence : un grenoblois dénoncé pour un drapeau pirate à sa fenêtre

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L'affaire a fait du bruit sur les réseaux sociaux : un grenoblois a vu la police lui demander d'enlever un drapeau pirate mis à sa fenêtre. Selon les policiers, il a été dénoncé.

drapeau pirate

le drapeau en question

Pourquoi as-tu mis un drapeau pirate à ta fenêtre ? Combien de temps a-t-il tenu ? Sais-tu comment il a été reçu ?

Etant un poil anarchiste (sans non plus être impliqué dans quelconque mouvement), jamais inscris sur les listes électorales, jamais eu une quelconque confiance dans le système politique français (et mondial). J'ai trouvé ça drôle de faire un peu de provocation face à cette montée de "réappropriation du drapeau" comme ils appellent ça. Sauf que même sous le couvert de ne pas faire du nationalisme, j'ai quand même du mal avec le patriotisme ambiant qui me semble nauséabond.

 

Ma compagne est d'origine libanaise, et les problèmes de radicalisation et de guerres nous touchent peut-être plus que la plupart des gens. Alors c'est triste que ça arrive jusqu'à chez nous mais ça fait depuis 60 ans que le monde laisse couler...

Donc c'était à la fois :

- un hommage aux victimes, mais pas sous les couleurs de la France, sous les couleurs du noir et blanc pirates qui me convient mieux.

- un bon troll en plein centre ville de Grenoble au dessus du marché de Noël (place Grenette).

Je l'ai mis vers 13h et la police a débarqué vers 15h15, à priori c'est des gens qui se sont plaints (peut-être un malvoyant qui confond un drapeau de pirate et le drapeau de l'Etat Islamique.

Comment la police est-elle intervenue ?

 

Ils ont sonné directement chez moi à plusieurs reprises, je pense qu'ils doivent avoir des pass pour entrer dans les immeubles, j'ai pensé au facteur pour les calendriers... On était en train de faire la sieste avec ma compagne et ma fille de tout juste 2 semaines, ça a été un peu un choc quand j'ai vu 3 uniformes de la police nationale.

Ils m'ont d'abord demandé de confirmer à quel étage j'étais et combien de fenêtres donnaient sur la place avant de me demander si c'était moi qui avait mis ce drapeau de pirate. Ils m'ont ensuite demandé assez poliment de l'enlever que "ça ne passait pas bien étant donné la journée et que des gens s'étaient plaint", j'ai alors essayé de prendre ça à la rigolade en disant "c'est comme ça qu'on défend la liberté d'expression ?", bref ils ont continué d'insister et je ne me sentais pas bien à l'aise pour défendre mon droit à laisser ce drapeau...

 

J'ai donc accepté de l'enlever, ils ont pris ma carte d'identité et mon numéro de téléphone (aussi bien je suis sur écoute maintenant). Il n'y avait pas de menaces mais face à trois policiers je n'ai pas trop essayé de m'opposer, j'ai finalement conclu la conversation en lançant un "très bien je vais l'enlever, vive l'Etat totalitaire".

C'est à ce moment là que je suis allé au balcon et que j'ai vu deux autres patrouilles en bas de l'immeuble (du coup ça faisait 7 au total), j'ai enlevé mon drapeau  en criant "tout ça pour moi !?" et j'ai mis un ballon rose (ma première fille fête ses 5 ans demain alors j'en avais tout un tas de gonflés) en disant "ça va, ça !?".

 

Que tires-tu de cette expérience ?

 

Je pense que si c'était à refaire j'irai jusqu'au bout. Que l'ignorance de la police leur fait faire vraiment n'importe quoi, on arrive à un abus de pouvoir inconscient par les forces de l'ordre. La peur des gens me fait craindre la montée du nationalisme décomplexé.

 

Qu'aimerais-tu éventuellement ajouter ?

 

Il y a moins d'un an après les attentats de Charlie, on proclamait haut et fort qu'on était le pays de la liberté d'expression et que l'humour était total, je me rends compte aujourd'hui qu'on est dans un état policier et que ce n'est plus l'humour total.

 

Alexis Kraland

COP21: 18 blocus lycéens annoncés à Paris

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Le Mouvement Inter Luttes Indépendant (MILI) recense 18 établissements scolaires qui participeront au blocus lycéen à partir du jeudi 26 novembre. "Contre la COP21 et son monde", tel est le mot d'ordre du collectif.

"composé de «jeunes» – lycéens, étudiants ou non (le collectif) se démarque radicalement des organisations syndicales et politiques classiques de droite et de gauche par ses objectifs, son fonctionnement et ses modes d’action."

Les établissements dont des élèves ont annoncé le blocus se trouvent tous dans l'est parisien.

Voir en plein écran

Les raisons du blocage


Les blocus lancés par le MILI

En 2013, le collectif naissant avait poussé le président de la République à prendre partie lors d'un mouvement contre l'expulsion d'une lycéenne. Les médias évoquent une "affaire Léonarda ; François Hollande paraît débordé dans sa réaction face aux revendications des lycéens. 

En octobre 2014, le MILI appelle à bloquer contre les violences policières suite à la mort de Rémi Fraisse, tué par la grenade d'un gendarme à la ZAD de Sivens.

Lors de la manifestation du 13 novembre, au départ de Nation, un service d'ordre prêté par SOS-Racisme aux organisations lycéennes proches du PS essaie d'empêcher le départ en manif sauvage du cortège.

Le service d'ordre est dégagé et un cordon de manifestants masqués mène la marche qui tente de s'approcher de la manifestation des syndicats de police à Bastille. Devant la pression policière, le cortège cherche finalement un lieu pour se disperser tandis que des poubelles sont renversées pour ralentir les policiers qui suivent : ce sera Tolbiac, une partie de l'université Paris 1 où les policiers n'entrent pas.

Le 14 novembre, lors d'une tentative de blocus au lycée Montaigne, un parent attaque un lycéen à coup d'extincteur avant de se rendre à la police. A Saint-Ouen, devant un lycée, une masse de poubelles est allumée grâce à de l'essence.


En Seine-Saint-Denis, plusieurs établissement rejoignent le mouvement contre les violences policières, des émeutes éclatent ; la police et des grandes enseignes sont attaquées. Les lycéens font face à davantage de répression de la part de l'administration et de la police. Des policiers à cheval chargent les lycéens sous la supervision d'hélicoptères.

Dans certains établissements, le 14 novembre, à l'approche d'une manifestation contre les violences policières, les proviseurs font fermer les grilles afin d'empêcher à tout ralliement des lycéens presque détenus dans leurs établissements. Les cadenas sont visibles dans la vidéo de cette manif tournée par Doc du Réel.

Le 9 avril 2015, un blocus permet aux lycéens de rejoindre une marche avec les étudiants qui ne parvient pas à rejoindre la grande manifestation contre la loi Macron. La police aura réussi à disperser le cortège à l'approche de la place d'Italie.

Alexis Kraland

#ParisAttacks : reportage dans la nuit des attentats

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Reportage à Paris durant la nuit du vendredi au samedi 14 novembre, lors d'une série d'attentats avec un bilan qui s'élève à plus de 120 victimes.  Un important dispositif militaro-policier s'installe dans Paris alors que l'état d'urgence n'a pas encore été décrété.

Alexis Kraland

Menton/Vintimille: Répression policière dans la zone frontalière

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En un peu plus d'un mois, le bilan de la répression à l'égard des personnes solidaires avec les migrants et réfugiés s'est alourdi autour de la frontière fermée par la France près de Menton. Le total s'élève à 5 garde à vue (GAV) côté français dont 3 personnes également tabassées par les policiers, un interdit de territoire de Menton et un autre des Alpes-Maritimes.

Côté italien, 8 interdictions administrative du territoire de Vintimille et plus d'une vingtaine de plaintes déposées par la police italienne pour occupation illégale le plus souvent.

En France, la répression est graduée et passe du contrôle d'identité aux menaces de GAV, puis par la GAV, les intimidations et menaces de morts, les coups, la destruction d'effets personnels, la victimisation des policiers et son lot d'accusations sans preuves.


Le 10 août, à la fin d'un rassemblement spontané devant le poste-frontière du pont Saint-Louis, la police française plaçait 3 français en GAV alors qu'ils venaient d'être libérés après un contrôle d'identité par les gendarmes mobiles. Signe de l'arbitraire de cette décision, aucune suite n'a pu être donnée à l'accusation d'entrave à la circulation malgré les vidéos réalisées par les gendarmes présents (chose ironique quand on sait que les policiers français bloquaient les voitures allant de la France vers l'Italie ce soir-là)

La judiciarisation de la répression s'enclenche le 24 août. Malgré l'absence de preuve, la parole des policiers suffit à mettre en prison un soutien français, Fouad. Un extrait de sa lettre écrite lors de son enfermement.

"A l’heure où je vous écris, je porte encore la marque de leurs coups. Je suis en prison. Je ne peux pas voir de médecin et faire constater les preuves de la brutalité policière. Et c’est moi qu’ils accusent de violence et me retrouve devant leurs tribunaux où ils me condamneront sûrement. Je me prépare à cela et je vous demande aussi de vous préparer à cela et de ne pas perdre le moral car moi, je le garde."

Il est libéré sous contrôle judiciaire après onze jours en prison. Ce jour-là, la procureure de la République avait conclu sa prise de parole en faveur d'une détention provisoire prolongée jusqu'au 30 septembre par ces mots : « les troubles persistent, donc il ne faut pas qu'il y ait d'incitations ».

Autrement dit, l'aide aux réfugiés apportée par les militants constitue un trouble aux yeux des autorités, donc il faut un exemple, notamment demandé par un syndicat policier qui évoque un « risque d'émeute » dans les colonnes de Nice-Matin. Pourtant, en deux mois passés à la frontière, je n'ai jamais vu de risque d'émeute provenant des réfugiés et militants. Le seul risque réside dans un usage disproportionné de la force par les forces de l'ordre.

La non-violence est un mode d'action qui n'a jamais été remis en cause par les réfugiés et les militants du camp No Border. Jamais une seule preuve de violence des « résistants » tels qu'ils se surnomment parfois n'a pu être produite par Nice-Matin, le Front National, ou par la Préfecture, le trio qui entend soutenir la police contre « la mouvance d'extrême-gauche française et italienne, organisée et prête à l'affrontement avec les forces de l'ordre ».



Accusé d'outrage, rébellion, violence contre un dépositaire de l'autorité publique, et refus de prélèvement ADN, le militant a en fait été victime de violences policières. Présent devant le poste peu après l'arrestation, j'entends des cris s'échapper avant que des policiers ne ferment portes et fenêtres. Plusieurs témoignages dans Mediapart soulignent également la violence avec laquelle il fut arrêté. Fouad décrit les violences dans sa lettre.

"j’ai voulu parler aux chebabs enfermés pour leur dire leurs droits. Mais ce n’était pas du goût de la police aux frontières. Je leur ai aussi dit d’arrêter de taper avec leurs matraques sur les barrières pour faire peur et menacer des enfants mineurs ! Ils n’ont pas aimé que je leur dise ce qu’on passe son temps à leur cacher, leurs droits. Ils m’ont attrapé au sol en m’étranglant. Après m’avoir menotté, ils m’ont tapé au sol. En me transportant à l’hôpital, les trois policiers m’ont aussi étranglé et frapper au visage."

A l'écoute d'un enregistrement sonore de l'arrestation, les militants semblent dans l'apaisement, les policiers dans la coercition. Lors des arrestations ce soir-là, une jeune fille se fait ainsi violemment tirer les cheveux par un policier. Ses pleurs sont audibles.

Le 25 août, Fouad passe en comparution immédiate. Devant l'entrée de la salle, un policier refoule un militant car il porte un marcel. Lors de l'audience publique, il fut seulement question de justifier l'enfermement d'un présumé coupable par un récapitulatif de son passé judiciaire, militant et par ses « mauvais signalements » dans des fichiers comme le TAJ ou Cassiopée. La présomption d'innocence passe à la trappe.

La version de Nice-Matin à propos de cette affaire, qui ne cite que des sources policières : le militant a incité une rébellion des migrants. Sept d'entre eux se seraient échappés. Aucun policier n'a pourtant cherché à poursuivre les migrants qui se seraient soi disant échappés. Les policiers sont par contre allés à l'hôpital pour accompagner un collègue qui avait des griffures sur un bras.

En réalité, aucun migrant ne s'est échappé. Par contre, au cours des dernières semaines, la police française relâchait fréquemment les migrants en France comme on peut le voir dans la vidéo réalisée durant cette soirée.

Selon plusieurs policiers présents ce soir-là, les policiers italiens rejettent souvent les demandes de réadmission de migrants arrêtés par la police française. Ces migrants arrêtés puis détenus par les policiers français sont donc relâchés en France, avant d'être pris en chasse par d'autres policiers un peu plus loin.

Extrait du dialogue avec des CRS le soir du 24 août :

- Il y en a tout le temps des gens là. Ils vont partir en Italie ces gens, on va les renvoyer en Italie, et demain ils sont dans le train pour repartir en France. C'est comme ça que ça se passe. Vous savez pas comment ça se passe ?

-Ces derniers jours, j'ai cru que beaucoup étaient relâchés du côté français.

-Pourquoi ? Pourquoi ? parce que les italiens, le samedi et le dimanche, ils sont comme tout le monde, c'est le jour du seigneur, ils travaillent pas, ou pas beaucoup. Donc c'est pour ça qu'il y en a un peu plus que d'habitude, parce qu'au lieu de les prendre toutes les une demie-heure, une heure, ils les prennent toutes les 3, 4 heures. C'est tout, il faut pas voir plus loin que ça

-j'en ai vu des dizaines relâchés…

-Parce qu'ils travaillent moins que les français.

-Oui, ils ont été libérés aussi. Les italiens n'en veulent pas, ils veulent pas les récupérer donc ils sont libérés.

-J'y peux rien moi si c'est des fainéants.



Côté italien, la répression policière est moins physique qu''administrative, et passe par l'interdiction de territoire des militants bien plus que par la violence, la menace et l'humiliation. Le total est de 8 interdictions du territoire de Vintimille, pour une durée qui peut aller jusqu'à 3 ans, via des décisions administratives avec un motif récurrent : « occupation illégale ».

Un militant italien, le technicien du camp, qui a installé un panneau solaire, l'électricité, des toilettes, des douches et la cuisine a ainsi été puni de 3 ans d'interdiction de Vintimille, ville à côté de laquelle il habite. Tout ça pour une participation une manifestation non-déclarée le 22 août, devant la frontière.

Face aux militants, les gendarmes et policiers français fantasment sur les capacités de leurs « adversaires ». Un soir au poste-frontière, les gendarmes débarquent vers les militants qui, dans le noir et à distance, observent le poste-frontière. « Ils sont passés par l'arrière ! » s'exclame l'un d'eux. persuadé que les militants, véritables acrobates, grimpent la pente, un véritable mur, depuis la côte où se situe le camp No Border vers le poste-frontière.

Parfois, des militants font mine de donner des indications à des personnes qui seraient situées en contrebas du poste-frontière du pont Saint-Louis ou du pont Saint-Ludovic. Les policiers vont ensuite observer ce qu'il se passe en bas, à la recherche de réfugiés. L'ennui règne. Dans le vocabulaire policier, on part en « chasse » et on évoque des « fournées » de réfugiés.

A la gare de Menton-Garavan, à quelques centaines de mètres de la frontière, la nouvelle de la libération des réfugiés met les policiers dans un état d'excitation. « Ils sont dans les parages, on y va ? » demande l'un d'eux à ses collègues.

Ce genre d'information circule entre les policiers. Néanmoins, dans la même journée, gendarmes et policiers peuvent interpeller et contrôler les mêmes militants sans qu'aucune coordination ou échange d'information n'ait lieu entre les différents services. Comme dirait une militante française du coin, "ce sont des fachos amateurs".

A la « frontière haute », les militants font face à une répression policière disproportionnée. Mi-juillet, le rapport de force penchant du côté des No Border: les militants mettaient la pression sur les policiers qui s'enfermaient dans leur poste de police, et obtenaient parfois la libération des migrants détenus.

Depuis le 10 août notamment, les policiers sont souvent plus nombreux que les soutiens venus pour observer, rentrer en contact, apporter de l'aide matérielle comme de l'eau ou de la nourriture. Chaque GAV et pratiquement toutes les interdictions de territoire furent prononcées suite à la présence de militants à la « frontière haute ».

Au fil des interventions, l'arsenal policier défile : gazeuses, matraques, tonfas et LBD-40 peuvent être de sortie face à des jeunes en sandales.

Au nom du plan Vigipirate, la présence autour du poste-frontière de la « frontière haute », notamment sur le parking, est interdite. Les policiers menacent de garde à vue les militants qui se regroupent, au nom d'un délit dont ils ne connaissent pas grand-chose mis à part le nom « attroupement sur voie publique ».

« Vous comprenez, la frontière, c'est un zone sensible avec les attentats » justifie un CRS. Les contrôles d'identité sont systématiques, et en cas d'arrestation et de GAV, les coups pleuvent, mais discrètement. Généralement, les personnes arrếtées sont mises à terre par des fonctionnaires qui n'hésitent pas à écraser les chevilles des interpellés avec leurs chaussures de type rangers.

Plusieurs appareils photo et téléphones portables sont aussi détruit. Le soir du 24 août, pendant qu'un CRS s'approche d'une militante, un autre CRS lui dit « je veux bien y aller gros, mais tu fais quoi ? et si la commissaire elle avec nous, elle nous couvre, y'a pas de soucis, gros ».

Les infractions et délits reprochés aux militants n'ont rien à voir avec des questions de sécurité ou de maintien de l'ordre. Comme le dit un CRS  « vous êtes venus pour les migrants, donc vous formez donc un attroupement illégal ». Les ordres sont clairs : l'aide aux migrants doit être réprimée.

Le 30 août, trois militants qui passent devant le poste-frontière du pont Saint-Louis sont ainsi arrêtés et détenus plus de 4 heures pour les deux qui subissent une vérification d'identié. Un militant est gardé à vue 33 heures pour outrage car il a dit "dammi il mio cazzo di telefono" ou "donne moi mon putain de téléphon". Enervé car il se croit insulté, un policier tente de l'étrangler avant que ses collègues ne viennent le retenir.





De part et d'autres de la frontière, le délit de solidarité ne dit pas son nom. La mairie de Vintimille a par exemple interdit les distributions de nourritures aux migrants au nom d'un nouvel arrêté municipal qui porte sur l'hygiène. Plusieurs fois, des membres d'associations musulmanes de Nice telles que La Fraternité du savoir ou Au coeur de l'espoir furent stoppés par la police italienne sur la route vers Vintimille.

La foule de migrants qui se pressait pour recevoir ses dons attestait pourtant au moins d'un manque, sinon d'un rejet de la nourriture fournie aux migrants par la Croix-Rouge italienne qui gère un centre à côté de la gare de Vintimille.

A la gare de Vintimille, l'accueil peut être compliqué pour les individus que la police repère comme des militants. Une française voilée a ainsi été déténue pendant 4 heures, sans raison. Les policiers italiens lui demandent quelle est sa religion, et si elle peut manger du porc pour prouver qu'elle n'est ni juive ni musulmane. Dans le même genre, du côté français, un militants contrôlé pour avoir filmé la police à la sortie de la gare de Menton-Garavan a eu droit à un drôle de numéro d'un CRS qui s'est mis à tourner autour de lui en disant « barbu, barbu, mange moi le cul ».

De part et d'autre de la frontière, les autorités françaises et italiennes travaillent ensemble. La nuit du 10 août, lorsque 20 militants furent arrêtés, les policiers français et italiens ont ainsi formé une nasse pour coincer les militants sur la frontière. L'arsenal juridique dont dispose la police française peut dès lors être complété par celui des italiens à qui il suffit d'envoyer les militants arrêtés pour ensuite les interdire de territoire.

Les policiers italiens se montrent généralement plus amicaux, et servent même le café aux personnes arrêtées. De l'autre côté, les policiers français ne donnent ni à boire ni à manger à ceux qui finissent en garde à vue. « C'est le début de la torture psychologique » dira même un policier, lors d'une garde à vue au commissariat de Menton.

Toutefois, il y a des points communs entre les deux polices. Ainsi, le 7 septembre, lors d'un blocage de la frontière par les habitants du camp No Border, les policiers français et italiens laissaient passer les voitures qui percutaient les manifestants avant de prendre la fuite.

Pour Teresa Maffeis, de l'Association pour la Démocratie à Nice, l'objectif de cette répression en cours est « d'intimider ceux qui voudraient rejoindre le camp. Dans le coin, ça marche déjà avec des gens qui m'expliquent qu'ils ont peur de venir aux manifestations auxquelles je prends part ».

La répression vise à décourager la solidarité, mais la répression qui touche les soutiens renforce les liens entre réfugiés et européens. Sur le camp No Border de Vintimille, une banderole met côte à côte migrants et européens victimes de violences policières.

Lors du retour d'Andrea, un militant italien placé en garde à vue le dimanche 30 août, une foule s'est formée pour le porter au milieu des slogans, dont un saillant : « hurriyah », liberté en arabe. Bis repetita lors du retour de Fouad, le militant français placé en détention provisoire pendant une dizaine de jours.

Et à chaque interdiction de territoire de Vintimille, de nouveaux militants italiens arrivent.

A la frontière entre Menton et Vintimille comme ailleurs, la répression ne vise pas le trafic d'êtres humains, mais l'accueil. La répression à l'encontre des soutiens aux réfugiés s'inscrit dans une stratégie de pourrissement, une « guerre d'usure » à mille lieux des appels à la solidarité des hommes politiques du Parti Socialiste.





 

Alexis Kraland

Percuté par une voiture, les réfugiés m'ont secouru tandis que la police protégeait le fuyard

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Lundi 7 septembre, à la frontière entre Menton et Vintimille, vers 18h40, les réfugiés créent spontanément un événement artistique en mémoire de leurs frères et soeurs morts tandis qu'ils tentaient de rejoindre
l'Europe.



Les réfugiés et quelques militants s'allongent sur le terre-plein qui fait face au poste-frontière du pont Saint-Ludovic. Puis ils se lèvent et crient "hurriyah", soit liberté en français. Ils demandent l'ouverture de la frontière en anglais: "open the border".



Ensuite, les réfugiés bloquent les routes qui traversent la frontière. Ils alternent entre les deux routes, restent 10 minutes à chaque fois sur l'une d'entre elles. Le chef des policiers italiens sourit et ses hommes restent inactifs.

Les chauffeurs, excédés par une attente de quelques minutes, forcent à plusieurs reprises le blocus. Plusieurs réfugiés sont légèremment blessés. L'un d'entre eux est percuté à la tête par un motard.

A un moment, une voiture noire accélère devant un groupe de réfugiés. Situé quelques mètres derrière eux, le véhicule me percute (vidéo) avant de prendre la fuite.

Comme à chaque fois qu'un chauffeur roule sur le pied d'un réfugié ou le percute ce soir-là, la police italienne et la police française observent et ne réagissent pas.

Porté par des réfugiés vers le camp No Border, je reçois les premiers soins. Des militants appellent une ambulance. Je suis emmené à l'hôpital de Bordighera. Le bilan: 10 jours d'ITT, distorsion des cervicales, entorse du genou droit, contusion à la hanche. Un rendez-vous avec un orthopédiste est pris, des radios effectuées.



Sorti de l'hôpital vers 23h, de nouvelles douleurs font surface, notamment à l'épaule gauche. Un docteur de Médecin du Monde me conseille de consulter à nouveau dès que possible.

Alexis Kraland

Blocage de la frontière entre Menton et Vintimille

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Depuis l'arrivée des migrants à la frontière autour du 10 juin et le début de leur lutte pour l'ouverture des frontières, les manifestations rythment la vie des protestataires.

Le 22 août, migrants et militants bloquaient la frontière en mémoire de Todor, 8 ans lorsqu'il fut tué par les balles de la police aux frontière à Sospel, en 1995.

La manifestation se déroule en Italie car la Préfecture de Nice interdit le rassemblement en France.

Dans les jours qui suivent, un militant français est placé en garde à vue et battu par la Police aux Frontières (PAF). Un militant italien est arrêté et doit quitter Vintimille suite à une interdiction administrative de territoire, notamment à cause de sa participation à ce rassemblement.

Alexis Kraland

Poème anonyme trouvé au No Border Camp de Vintimille

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On bended knees is no way to be free
Lifting up an empty cup I ask silently
That all my destinations will accept
The one that's me, so I can breathe
Cizdes they grow and they swallow people whole
Half their lives they say good night
To wives they'll never know, I got my destination
And a teacher in my soul, so it goes.

Alexis Kraland

Abus policiers après un reportage sur les 100 migrants qui ont tenté de traverser la frontière

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Dimanche 9 août, vers 23h, près de 100 migrants ont pris le train à Vintimille pour rejoindre la France. Ils savaient qu'ils allaient se faire arrêter, mais ils se sont organisés pour mener une action politique contre le blocage des frontières.

Pour un militant No Border, l'action individuelle, « clandestine » semble plus efficace à la fois pour atteindre une destination et pour, de fait, passer une frontière, mais seule l'action collective permet de sortir de l'invisibilité, prémisse à une émancipation de la « condition de clandestin ».

Ce soir-là, le groupe de migrants finira ramené au centre de la croix-rouge de Vintimille où ils s'organisent.

Une rafle de la police française à la Gare de Menton-Garavan mit fin à leur tentative de passage. Ramenés au poste-frontière français, ils furent parqués dans un petit périmètre adjacent au bâtiment, entouré de barrières métalliques, des « containers » dans le langage militant.

Lorsque j'arrive sur place, passé minuit, environ 20 policiers sont présents, surtout la Police Aux Frontières (PAF) et des gendarmes. 20 personnes solidaires viennent pour montrer leur solidarité avec les migrants. Leur simple présence est un acte de défiance face à la déportation en cours, ou « fournée »* dans le langage employé par les policiers ce soir-là.

Sur les trottoirs, mais à bonne distance des policiers qui se postent devant le poste-frontière, les militants observent et échangent avec les migrants.

Pendant ce temps, les migrants lèvent les bras en l'air comme pour signifier leur innocence, puis répondent aux slogans des soutiens, notamment « hurrya », « tutti liberi », « première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés », ou encore « No border, no nation, stop deportations ».

Rapidement, les opposants aux déportations, non-violents sont repoussés par les policiers.


Pour rester en contact avec les prisonniers, les militants jouent ensuite des percussions. Ils frappent les barrières métalliques du Pont Saint-Louis avec des cailloux, s'époumonent dans leurs sifflets, en rythme avec les migrants qui claquent des mains.

Assis sur la route, ils tentent ensuite de bloquer des convois policiers qui transportent les migrants vers le poste-frontière italien, situé 50 mètres plus haut, avant d'être reconduit vers Vintimille.

A chaque passage, les gendarmes prennent les militants pour les dégager de la route, quitte à les faire chuter à terre. A chaque reprise, quelques fonctionnaires en profitent pour exprimer leur agressivité, écraser quelques chevilles ou détruire un appareil photo. A chaque fois, le convoi accélère devant les militants, avant de tourner au dernier moment en les frôlant. Plusieurs fois, je suis mis à terre.

Sur la même route, les gendarmes forment une ligne, et bloquent la frontière pour les véhicules qui viennent du côté français. « Vous n'êtes pas au courant ? Schengen c'est fini !» lance un companero à une automobiliste crédule, puis médusée d'apprendre la fin de sa liberté de circuler.

De leur côté, les soutiens demandent aux automobilistes en provenance d'Italie de rebrousser chemin par solidarité avec les migrants. La majeure partie des automobilistes fait demi tour sous les applaudissements.

Plus tard, vers 3h00 du matin, après avoir été repoussés au fur et à mesure vers l'Italie, les manifestants sont encerclés par les policiers français et italiens qui coordonnent leurs actions et leurs arrestations. Les personnes qui parlent français sont interpellées par les gendarmes français, et les italiens supposés par les policiers italiens.

Les gendarmes mobiles français, courtois, nous offrent de l'eau et contrôlent nos identités avant de rapidement nous relâcher. Ils demandent à voir mes vidéos et mes photos. Je refuse.

Moins de deux minutes après, tandis que nous descendons la route vers la ville de Menton, des policiers nous rattrapent pour nous demander de rejoindre leurs véhicules, sans donner de motif.

Pourquoi la police a-t-elle décidé de procéder à une garde à vue après la décision de la gendarmerie de nous laisser libre suite à un contrôle d'identité ?

Qui plus est, ce sont les gendarmes mobiles, experts en maintien de l'ordre, contrairement aux autres gendarmes, qui m'ont interpellé puis relâché après avoir observé le rassemblement tandis que les policiers étaient en retrait.

Je suis emmené dans un véhicule sérigraphié, les deux autres interpellés dans un autre véhicule, à quelques mètres. « On te passe pas les menottes, t'es calme hein ? ».

Des policiers, dont certains de la BAC, me demandent de leur montrer mes vidéos et photos sur ma caméra et mon appareil photo. « On veut juste voir, t'es pas obligé de faire des histoires ».

Je refuse, ils menacent. Je répète que je connais mes droits, mais les coups pleuvent. Ils se jettent sur moi, à trois ou quatre. Ils me tordent le cou en m'écrasant la tête contre la banquette arrière avec un genou sur la tempe. Je ne savais pas que mon corps était aussi flexible qu'un contrat précaire.

Les policiers sont également sur mon dos. Ils tiennent mes jambe et mes bras. Je n'oppose aucune résistance, si ce n'est vocale. J'ai du mal à respirer, ils respirent la haine. Choqué, je crie. « T'as fini ta comédie ? » me répond un policier.

Après avoir récupéré mon appareil photo et ma caméra par la force, les policiers démarrent la voiture en trombe, gyrophares allumés, pour rejoindre le commissariat de Menton à une vitesse inappropriée. Plusieurs fois, dans les virages, la voiture se déporte dangereusement vers les bords de route.

C'est seulement une fois arrivés au commissariat, nous apprenons que nous allons en garde à vue. A l'admission comme à la sortie, les policiers nous pressent de signer des documents. Ils nous empêchent de lire la notification d'admission et le procès-verbal.

Avant de rejoindre la cellule, un policier tente d'arracher ma boucle d'oreille, alors que je lui ai signalé que c'est chose impossible à main nues. Finalement, retirer la boucle d'oreille n'est pas nécessaire car je suis enfermé dans la cellule malgré tout. Dans la cellule, il fait environ 40 degrés selon les policiers, 60 selon les manifestants. Je baigne dans la sueur sur un matelas en plastique qui pue la pisse.


A ma sortie de la cellule pour rejoindre l'hôpital, vers 7-8h, un policier me dit que je pue comme un animal. Je lui réponds que c'est sa subjectivité qui s'exprime. Il me rétorque qu'il ne comprends pas les mots qui comprennent plus de trois syllabes. Le précédent avait précisé que les policiers sont « bêtes et disciplinés », mais j'avais du oublier.

Pour rejoindre l'hôpital, une policière, ancienne militaire, me passe les menottes, très serrées, et me serre le bras tout le long du chemin à l'aller comme au retour.

Le personnel de l'hôpital connaît bien les policiers, et le médecin me fait un interrogatoire sur le rassemblement qui est bien plus complet que celui de la police, avec des questions sur « l'objectif de cette manifestation », et l'endroit où je loge. Avant de repartir, j'entends un échange à propos de mon traitement médicamenteux entre le personnel hospitalier et la police.

De retour au commissariat, je vois une avocate commise d'office. Elle m'assure qu'à la vue de mon récit, aucune suite ne peut être donnée.

L'audition a lieu dans un bureau dans lequel plusieurs éléments de décoration m'interpellent. Outre les images d'armes à feu et de voitures américaine, deux affichettes sortent du lot.

Un dessin représente d'un côté des sans-papiers et de l'autre des «avec papiers ». Les sans-papiers sont représentés comme des pachas qui rentrent dans un hôtel trois étoiles tandis que les « avec-papiers » dorment dans le rue.


Sur une autre affichette, des policiers dans un véhicule rentrent dans un quartier sombre. Une signalétique indique qu'ils ont la priorité, mais un scooter sur lequel figure des personnes racisées coupe la trajectoire du véhicule de police. On peut lire « Qui a la priorité ? ».

Lors de l'audition, l'Officier de Police Judiciaire tente de me mettre la pression pour prendre mon ADN, ma photo et mes empreinte. J'ai refusé, puis l'OPJ appelle un magistrat pour prévenir de mon refus. Quelques minutes plus tard, un autre OPJ signale qu'il n'est pas possible de prendre mon ADN pour une suspicion d'entrave à la circulation.

L'OPJ m'explique également que les policiers racontent avoir vu des militants se jeter sous les roues des voitures de police, et s'accrocher aux rétroviseurs. La vidéo de cet événement prouve pourtant que de ces témoignages ne sont que des fantasmes. Le procureur de Nice affirmera le surlendemain tard à Nice Matin que les français interpellés avaient participé au blocage de la route mais qu'il n'y avait aucune preuve.

Mon film accrédite une autre vision des événements : les véhicules de la police accéléraient devant les militants qui bloquaient la route, avant de tourner au dernier moment en frôlant les militants pour traverser la frontière.

Vers 17h, nous fûmes relâchés sans qu'aucune suite ne fut donnée à l'affaire. Durant la garde à vue qui dura environ 13h, aucun repas ni verre d'eau ne nous fut proposé. Les données sur mon appareil photo et ma caméra furent effacées.

Suite à une consultation, un médecin constate plusieurs contractions musculaires et des contusions dans mon dos et sur mon cou. Une semaine plus tard, j'ai encore mal au dos.

Quand je reviens sur le camp No Border, une journaliste du Monde prend mon témoignage, mais rien n'en ressort dans son papier.

 Dans son article, alors que je me suis pourtant présenté comme étudiant en journalisme, je deviens militant du mouvement No Border. Le lendemain France 3 me prend pour un manifestant dans son article web. Dans leur reportage vidéo, les journaliste de FR3 n'ont pourtant pas commis cette erreur.

Après le reportage de FR3, une journaliste de Nice Matin cherche à me joindre mais refuse d'envisager une publication à propos de ce qu'il m'est arrivé tant que je ne porte pas plainte. Elle m'a également affirmé posséder des images sur lesquelles je m'allonge pour bloquer la route, ce que je n'ai jamais fait, mais a refusé de m'envoyer une capture d'écran.

Après la garde à vue, j'apprends également que les autres français interpellés ont vu et entendu l'abus policier, et que les journalistes de Nice Matin ont apparemment détourné le regard. Quelques jours plus tard, une journaliste de Nice Matin m'appellera pour me demander ce qui m'était arrivé, sans jamais répondre à ma remarque sur la présence de deux journalistes de la même rédaction ce soir-là.

Je ne porte pas plainte car je n'ai pas suffisamment de temps, d'argent et d'énergie à perdre actuellement contre une police qui agit impunément, hors-la-loi, protégée par la justice, sous les ordres de la Préfecture.

Rien ne se passe lorsque des individus sont blessés, mutilés, tués par la police avec davantage de preuves, pourquoi en serait-il autrement pour moi, avec mes quelques contusions ?

Selon la Préfecture, la police a agi avec « professionnalisme » ce soir-là. Et selon le Procureur de la République, cité par Nice Matin, je suis coupable d'avoir participé à une action, bien qu'il n'y ait aucune preuve. Aucune preuve, malgré la présence d'environ trente fonctionnaires dont certains qui filmaient le rassemblement avec des appareils photo et caméras professionnelles et personnelles.

Alexis Kraland

Camp No Border de Vintimille

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Camp vintimille
A l'origine, des migrants refoulés à la frontière établirent leur camp sur les rochers, le 11 juin 2015, afin de se protéger des policiers italiens. Comme pour passer les frontières, les migrants jouent sur les points faibles des dispositifs policiers pour protester.

Un mot d'ordre : "We are not going back". Depuis, locaux, militants et activistes européens les ont rejoint pour les aider. Plusieurs types d'assemblés se tiennent: l'assemblée générale, celle des migrants, celle des soutiens, et celle des femmes.

Les soutiens apportent des informations aux migrants. Avocats, juristes, activistes offrent de l'aide juridique.

La confiance entre les européens et les migrants semble mieux s'installer lorsque le discours est traduit par un migrant. Lorsqu'un échange s'installe entre le traducteur - relai des questions des migrants et l'activiste européen.


Chaque jour, de nouveaux migrants arrivent au camp. L'accueil passe par un applaudissement à l'arrivée, un repas, de l'eau, et parfois une cigarette.

Contrairement à une forme de gestion "humanitaire" d'Etat qui passe par le fichage, le triage et la condescendance, l'accueil passe ici par la discussion, le jeu, la bienveillance.



Ibrahim, 20 ans, a fuit la Libye après un long et difficile voyage, après la guerre au Darfour, l'esclavage, les kidnappings, le voyage et l'arrivée en Europe. C'est lui qui a écrit "Africa Help" sur cette oeuvre. Il a aussi collé le visage d'une femme noire. Selon lui, elle exprime son mécontentement face à la situation des migrants aux frontières.


Un jour, migrants et soutiens ont tenté d'occuper le local vide situé sur le terrain qu'ils occupent. Dans la journée, les grilles de l'office de tourisme abandonnée furent renforcées par deux techniciens.


Outre l'eau courante, une pharmacie, des douches et des toilettes, le camp a l'électricité, mais pas de téléphone fixe ou de ligne ADSL.


Une cuisine populaire de Bologne est venue en aide aux migrants installés sur les rochers. Avec l'organisation d'un espace dédié, tout le monde sur le camp passe à la cuisine. Une association musulmane de Nice apporte quotidiennement un dîner, du lait, du café, de l'eau ou encore des vêtements.


Un artiste italien a initié une performance avec les migrants. Contre les prises d'empreintes, les migrants ont trempé leurs paumes dans la peinture blanche avant d'appliquer leurs empreintes sur la roche.

"Nous ne reculerons pas car nous avons tout perdu". Le rythme est d'environ une manifestation tout les quatre jours. Les manifestants, parmi lesquels les migrants sont armés de mégaphones, scandent "We are not going back". En rythme, migrants et soutiens font de la percussion, la plupart frappent les barrières avec des bouts de rochers.



La Croce Rossa, la Croix-Rouge italienne, vient régulièrement sur le camp, sans rien y distribuer depuis que les migrants ont pris la décision de ne plus rien recevoir de leur part.

En Italie, la  Croix-Rouge travaille ouvertement avec la police. Le 16 juin, lors d'une rafle sur les lieux du camp actuel, les cars rouges et blancs transportèrent les migrants vers Vintimille.



Depuis, des véhicules de la Croix-Rouge continuent de ramener des migrants, reconduits à la frontière italienne par la police française, vers Vintimille. "Au camp de la Croix-Rouge de Vintimille, on nous traite comme des animaux, avec repas et heure de coucher fixes" m'a dit Ahmed qui en revient. La nourriture y est souvent à la limite du comestible.
Plusieurs évoquent également des difficultés rencontrées pour voir un docteur.


Le 25 juillet, les migrants et soutiens bloquèrent la route au niveau de la frontière. Des tracts furent distribués aux passants et aux voitures qui passaient au bon vouloir des manifestants qui changeaient de voie à bloquer de manière régulière. Un fumigène fut également allumé.

 

¨Face aux policiers italiens en civil  et aux gendarmes français qui filment lors des manifestations, les migrants se cachent le visage avec les banderoles, des vêtements et des lunettes de soleil.



Les barrières installées devant le trottoir qui servait de lieu de manifestation statique furent renversées.


Souvent, le soir, des activistes se rassemblent au poste frontière français situé sur la route qui surplombe le camp. Ils obtiennent parfois la libération des migrants détenus là après avoir été ramené de l'intérieur des terres françaises. Un système que les mêmes les policiers raccompagnateurs trouvent absurde.


Les policiers du poste frontière français n'apprécient pas ces rassemblements. Ce soir-là ils prendront en photo les activistes et les plaques de leurs voitures avec leurs téléphones personnels.




Un migrant dort dans un drapeau de l'Union Européenne.



Un migrant a dessiné le train qui passe au-dessus du camp.